Intersectionnalité, identités et expériences minoritaires

 

On consacre ce troisième axe à l’étude de la construction des rapports sociaux de classe, de genre et de race et en particulier à leurs chevauchements, superpositions, imbrications c’est-à-dire à l’articulation des dits rapports, tels qu’ils prévalent dans des configurations historiques variables de sorte à produire des catégories intersectionnelles (comme celles de la « femme sensuelle orientale » , de la « sauvageonne indigène », du « garçon arabe des quartiers », etc.). 

Croiser ainsi les relations sociales de sexe et de race comme construits aide à saisir les mécanismes de hiérarchisation interdépendants entre ordre genré et ordre racialisé, par exemple le mécanisme historique de l’instrumentalisation du féminisme dans le discours colonial à portée civilisatrice. 

Outre l’analyse des productions catégorielles historicisées, cet axe se penche sur l’élaboration du Soi minoritaire (dans ses formes personnelles et/ou collectives) pris entre d’une part l’assujettissement à ces précédents mécanismes d’assignation identitaire et d’autre part l’exercice de résistance, de réaménagement, de réinvention du soi (construction des masculinités et féminités marginales).

Ce champ d’études recoupe ainsi l’étude des liens de l’Europe à ses autres et inversement, en s’intéressant aux relations « interculturelles » entre la métropole historique européenne et ses périphéries et, en ce qui concerne la situation contemporaine, en s’intéressant au foyer européen comme lieu d’arrivée post guerre de groupes migrants (y inclus dans l’ère actuelle de l’emmurement  de la “forteresse” Europe). 

Si, à Saint-Louis, le champ des « relations interculturelles et migrations » a été initié par Ural Manço, professeur invité et ancien membre du CES(IR) (jusqu’en 2012), il s’est déplacé d’un point de vue théorique : ce, depuis une grille analytique d’orientation interactionniste et/ou de psychologie sociale vers une grille analytique relevant du post-structuralisme, des postcolonial studies et de l’épistémologie des points de vue situés d’influence pragmatique et féministe.

L’articulation du sexisme et du racisme a en effet renouvelé tout autant l’agenda des mouvements féministes que la recherche universitaire francophone ces dix voire quinze dernières années. Le féminisme dit « mainstream » a été questionné et interpellé quant à sa capacité à composer avec la diversité des femmes sur les questions liées à l’égalité, le débat s’étant complexifié après l’émergence des féminismes minoritaires (mouvements afroféministes, féministes musulmans et LGBTQIA+ …). Dans ce cadre, le concept d’intersectionnalité est devenu un outil d’analyse indispensable pour les études et la « praxis » féministes – pour penser au sein des débats relatifs à la structuration des systèmes de domination et des rapports sociaux –  tout en suscitant une critique interne (académisme et dépolitisation, déficit d’analyse classiste, etc.).